Comme dit le proverbe…

Les proverbes et autres expressions apparentées (dictons, devises, préceptes, slogans, etc), sont probablement présents dans toutes les langues et les cultures. Son étude a pour nom la parémiologie, du grec paremia qui signifie proverbe.  En 1828, C. de Méry publia « Histoire générale des proverbes, adages, sentences, apophthegmes, dérivés des moeurs, des usages, de l’esprit et de la morale des peuples anciens et modernes ».

Ces expressions imagées sont donc souvent le reflet d’un peuple et de ses influences.  Les longs hivers québécois et nos préoccupations face à la température expliquent probablement les : « En avril ne te découvre pas d’un fil » ou « Une hirondelle ne fait pas le printemps ». Aussi, le côté ambivalent et parfois contradictoire des Québécois est bien exprimé dans ces deux dictons distincts : « Qui s’assemble se ressemble » et « Les contraires s’attirent ».

L’Afrique francophone regorge également de proverbes, ayant sans doute été alimentée par la tradition des griots. Voici une citation africaine donnant une indication de leur importance : « Le proverbe est le cheval de la parole ; quand la parole se perd, c’est grâce au proverbe qu’on la retrouve. »

Mais les russes sont parmi les champions à cet égard.  Dans « Le grand livre des proverbes russes », il est souligné :

Qui veut comprendre la Russie et son peuple ne peut ignorer leurs proverbes : les Russes ne conçoivent pas la vie sans eux. Ils les utilisent instinctivement, parfois même sans s’en rendre compte, tant ils font partie intégrante du langage. (…) Les idéaux moraux, éthiques et sociaux du peuple russe sont tout entiers contenus dans les proverbes.

Catherine II (La Grande), qui était Allemande, serait arrivée en Russie en 1744 sans connaître un mot de russe. Malgré ses difficultés avec la grammaire, elle démontra une aptitude pour la langue parlée, retenant particulièrement les proverbes et les dictons, qu’elle maniait avec plaisir.  C’est sous son règne que fut publiée en 1770 à l’Imprimerie de l’Université de Moscou une « Collection de 4291 proverbes russes » attribuée au grammairien Anton Barsov.

Vladimir Dahl publia plus tard un Dictionnaire raisonné du russe vivant, paru en quatre tomes entre 1863 et 1866. Cette œuvre recense notamment plus de trente mille proverbes et dictons russes.

Voici quelques citations de la part de célèbres écrivains russes au sujet des proverbes :

« Quelle splendeur, quelle finesse, quelle sagesse recèlent les proverbes russes ! Ils valent plus que l’or ! » – Alexandre Pouchkine

« Quelle imagination possèdent les paysans : ils inventent bien ! Tout est très simple, il y a peu de mots, mais chargés de sens. » – Léon Tolstoï

Ce dernier exprima aussi : « La sagesse populaire russe s’est traduite par toute une littérature orale – des proverbes emplis de sagesse. Ce patrimoine est loin d’être seulement le fruit du loisir populaire. C’est la dignité et l’esprit du peuple… C’est sa mémoire historique, les vêtements de fête de son âme. Elle emplit toutes les vies rythmées par les rites et traditions, le travail, la nature. Elle rappelle aussi le respect dû aux pères et aux grands-pères. »

Les familles qui ont accueilli notre précieuse interprète Larissa se souviendront peut-être de quelques proverbes ou dictons qu’elle aura mentionnées au fil des conversations, en particulier au sujet de l’alimentation.  Elle nous en a fait parvenir quelques uns liés aux hôtes et aux invités:

  • Для дорогого гостя и ворота настежь. Ouvre la porte grand ouvert pour un cher hôte.
  • Гостю щей не жалей,а погуще налей. N’épargne pas de chtchi (soupe au chou) pour ton hôte, mais remplis  plus épais.
  • Званому гостю большая честь.  Un grand honneur pour  ton invité.
  • Гость на порог,ставь самовар и пирог.  Un hôte est sur ton seuil, mets un samovar et un gâteau sur la table.

Voici quelques autres proverbes russes en lien avec l’amitié :

  • « Un hôte dans la maison, c’est Dieu dans la maison. »  (Ce proverbe signifie que l’hôte doit être bien traité, car c’est comme si Dieu nous l’avait confié.)
  • « Le malheur appelle l’argent à l’aide ».  (Il faut assister ceux qui sont dans le malheur. Recueilli par Tatischev, XVIIIe siècle.)
  •  « Si tu n’as pas cent roubles, aie cent amis. » (Le rouble est l’unité monétaire de la Russie. Ce proverbe signifie que l’amitié est une grande richesse.)

En terminant

Le proverbe invite à réfléchir, à appréhender les vraies valeurs : il confère au peuple sa sagesse. Comme l’écrit Gogol : « Ils sont plus importants et expressifs que ceux de tous les autres peuples réunis. Au-delà de la force des idées, ils expriment les facettes du langage courant : moquerie, raillerie, reproche – bref, tout ce qui nous perturbe, nous pique au vif. »

Ils sont si importants qu’ils ont servi de titre à plusieurs romans russes. Le célèbre « Guerre et Paix » de Tolstoï a même failli s’intituler avec un proverbe que l’on connait bien au Québec, très approprié pour conclure cet article : « Tout est bien qui finit bien ».

 

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