Tchernobyl et la nature planétaire de l’air et de la vie

La catastrophe nucléaire de Tchernobyl a frappé l’imaginaire de par son ampleur et son impact pour les pays avoisinant la centrale.  Si les populations éloignées ont l’impression de ne pas avoir été touchées par cette catastrophe, son impact a pourtant des retombées planétaires, comme biens des problèmes environnementaux causés par l’humain.

Dans son livre « L’Équilibre sacré », au chapitre intitulé « Le souffle de toute verdure », David Suzuki aborde le sujet de la catastrophe de Tchernobyl afin d’illustrer le fait que l’air, notre souffle de vie, est planétaire.

Car les scientifiques ont démontré que les polluants voyagent beaucoup plus loin que leur seul lieu d’émission. Les polluants émis dans les régions plus chaudes rallient le «  système de transport long-courrier des vents atmosphériques. » Le cycle de réchauffement (évaporation), refroidissement et précipitation, transportant entre autres les polluants, se répète à plusieurs reprises avant que les polluants ne terminent leur tour du monde sous des latitudes plus froides. On a surnommé ce phénomène, caractérisé par ces bonds immenses, « l’effet sauterelle ». Le triste paradoxe est que certains des endroits les plus sauvages, les moins visités par l’homme, comme le cercle polaire, sont néanmoins parmi les lieux les plus pollués.

Nous citons ici Suzuki : « Autre manifestation du problème, qui a frappé davantage l’imagination, quand un incendie a éclaté à la centrale nucléaire de Tchernobyl en Ukraine, le 26 avril 1986, ce sont des scientifiques suédois qui, les premiers, ont annoncé au monde qu’un événement catastrophique était survenu en Union Soviétique. Les radio-isotopes libérés par le réacteur nucléaire de Tchernobyl s’étaient échappés des décombres et dissipés dans l’atmosphère. Tandis que ces radio-isotopes se dispersaient en Scandinavie, des instruments ont détecté des pics de radioactivité considérables. Comme des indices d’identification, ces radio-isotopes ont fait le tour de l’hémisphère Nord et révélé la trajectoire de l’air depuis l’Ukraine. Bien loin de là, au pays de Galles, les retombées radioactives ont été si intenses que des moutons ont été contaminés et interdits de vente*. Une année plus tard, l’interdit était maintenu. Tchernobyl et la contamination de l’Arctique sont des illustrations brutales de la nature planétaire de l’air. L’air n’est pas une ressource locale ou nationale, mais un bien mondial dans lequel nous déversons nos déchets et dont nous tirons l’air pour ravitailler notre corps. »

Le fragile équilibre de l’atmosphère est démontré de façon éloquente par David Suzuki lorsqu’il raconte l’histoire de son développement issu de l’interaction entre les divers éléments (eau, soleil, terre, air) et les organismes vivants : « L’oxygène s’est maintenu à environ 21% de l’atmosphère, un niveau opportun puisqu’à 25% il pourrait bien s’enflammer; par ailleurs, si l’atmosphère contenait seulement 15% d’oxygène, elle serait fatale à la vie. Cet élément invisible qui, le premier a animé la planète – ce souffle de vie – se déplace et tourne au-dessus de nous, autour de nous, en nous.»

L’argon et les liens qui nous unissent :

Voici un exemple amusant montrant les liens qui nous unissent par le biais de l’air. Il concerne les calculs effectués par Harlow Shapley, un éminent astronome de Harvard au sujet de l’argon, un gaz inerte composant 1% de l’air que nous respirons. « Parce qu’il est inerte, l’argon est inspiré et expiré sans jamais devenir une partie de notre organisme ni contribuer aux transformations métaboliques. »

Shapley a donc évalué le nombre d’atomes d’argon contenu dans chaque respiration, leur expulsion et la teneur de leur dispersion. Ainsi, toutes les personnes de plus de 20 ans ont respiré au moins 100 millions de fois et inhalé des atomes d’argon émis dans le premier souffle de chaque enfant venu au monde sur la planète un an plus tôt!

« Votre prochaine inspiration, écrit Shapley, contiendra plus de 400 000 des atomes d’argon respirés par Gandhi dans sa longue existence. Il y a ici des atomes d’argon provenant des échanges de la Dernière Cène, des discussions des diplomates à Yalta et des déclamations des poètes grecs et latins. Nous avons de l’argon venant des soupirs et promesses d’amants des siècles passés, des cris de ralliement à Waterloo, voire d’atomes d’argon rejetées, l’année dernière, par l’auteur de ces lignes, qui a déjà personnellement fait l’expérience de 300 millions de respirations. »

« L’air sort de nos narines pour entrer directement dans celles de notre voisin. Chaque jour, nous absorbons dans l’air des atomes qui ont un jour fait partie d’oiseaux ou d’arbres, de serpents ou de vers, parce que toutes les formes aérobies de vie partagent le même air. »

Au sujet de « L’Équilibre Sacré » :

LEquilibeSacre

Parsemé de nombreuses citations, celle qui résume peut-être le mieux ce précieux livre qu’est « L’Équilibre Sacré », nous vient d’Albert Einstein:

« L’être humain est partie du tout que nous appelons l’univers. Une partie délimitée dans le temps et l’espace. Par une sorte d’illusion optique de sa conscience, il se sent lui-même, ainsi que ses pensées et ses sentiments, comme séparé du reste. Cette illusion est une forme de prison pour nous : elle nous restreint à nos désirs personnels et à ne témoigner notre affection qu’à notre proche entourage. Nous avons le devoir de nous affranchir de cette prison en élargissant notre cercle de compassion pour y inclure toutes les créatures vivantes. » (tirée de « Peace, A Dream Unfolding »).

Suzuki a été électrisé en 1962 par l’éloquent appel à l’action que lançait Rachel Carson dans son livre « Silent Spring ». Mais il a également été marqué par ses rencontres avec les autochtones. Il dit : « À travers eux, j’ai acquis une manière profondément différente de voir le monde. Pour les autochtones, le corps ne s’arrête pas à la surface de la peau ni au bout des doigts. Pour eux, la Terre est réellement leur Mère, et leur histoire, leur culture et leur raison d’être s’incarnent dans un territoire. Le sentiment autochtone de l’interrelation de toutes choses en ce monde est aisément démontrable et scientifiquement irréfutable. »

Appuyé solidement par des données scientifiques, « L’équilibre Sacré » raconte donc l’histoire de l’évolution de la vie sur Terre (à partir d’une première cellule vivante) et surtout l’interdépendance des diverses formes de vie (dont la nôtre). Il nous fait réaliser que nous sommes des enfants de la Terre. La Terre Mère (Gaïa) de laquelle nous sommes tous issus. Les découvertes sur l’ADN prouvent cette affirmation et notre parenté avec TOUS les organismes vivants. On retrouve ainsi un chapitre chacun sur l’air, l’eau, la terre et le feu (l’énergie tirée surtout du soleil), tous les éléments essentiels à la vie. Mais aussi deux chapitres sur d’autres besoins essentiels, intitulés « La loi de l’amour » et « Du sacré » (sur la spiritualité).

Voici en terminant une citation de l’écrivain russe Tolstoï qui rejoint ironiquement la pensée de Suzuki dans « L’équilibre Sacré » : « L’attendrissement et l’enthousiasme que nous ressentons en contemplant la nature, c’est le souvenir de cette époque où nous étions des animaux, des arbres, des fleurs, de la terre. Plus précisément, c’est la conscience de l’unité avec tout, que le temps a occulté. »

Dans le respect de tous les êtres vivants et de notre maison (éco) dont nous sommes issus. Pour ne plus jamais revivre de catastrophe environnementale telle que Tchernobyl…

André Leclerc.

 

* Note : On a trouvé, dans les vins français, des traces de césium 137 plus élevés conséquemment à la catastrophe de Tchernobyl. Ce qui est moins connu est que des taux encore plus élevés ont été détectés pour les périodes correspondant aux essais nucléaires des années 50 et 60!

 

Quelques liens :

Advertisement

Aucun commentaire.

Laisser une réponse

Vous devez être connecté pour laisser un commentaire.